Biotechnologies & agriculture durable

 

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Association Française pour l’information scientifique

14 rue de l’école polytechnique, 75005 Paris

Courrier électronique : agribiotech[at]free.fr

 

Les variétés de maïs résistantes à la pyrale et l’agriculture durable

 

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Claude MENARA

Agriculteur à Bouglon (Lot-et-Garonne)

 

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claude_menara.jpg Claude Menara est agriculteur à Bouglon, à proximité de Marmande (Lot et Garonne). Travaillant sur son exploitation familiale avec son fils et un salarié agricole, il est un des pionniers de la culture du maïs Bt en France.

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Je suis un descendant d’émigrants italiens. Ma famille est expatriée sur plusieurs continents, ce qui me conduit à voyager beaucoup. Mon père était agriculteur et mon fils a suivi une formation en agronomie et est agriculteur comme moi.

Mon exploitation fait 420 hectares. Mon fils et moi y produisons du maïs doux sur 250 hectares, des haricots verts et des petits pois sur 30 hectares en double culture (pour l’industrie agroalimentaire) et 120 hectares de maïs grain (dont 100 hectares de maïs Bt). Je préfère parler de maïs Bt que d’OGM – un terme qui fait peur actuellement.

J’aimerais faire un rappel historique. Mon père me parlait déjà des hybrides américains après la guerre (en 1949), et à l’époque cela avait provoqué un tollé. Les agriculteurs critiquaient la couleur du grain du maïs iowa 4417 (jaune au lieu de la couleur ocre habituelle), sa forme dentée. Ils craignaient qu’en nourrissant les poules avec ce maïs, leurs jabots ne soient irrités. Ils ne pensaient pas non plus nourrir les canards avec et ils craignaient que les vaches ne s’étouffent avec. L’INRA 258 et l’INRA 260 ont été inventés à cette époque par le professeur ALABOUVETTE.

Un problème de densité se présentait : le maïs français nécessitait d’avoir 45 000 pieds par hectare, pour un rendement de 8 à 10 quintaux, alors que le maïs hybride donnait 14 à 18 quintaux mais nécessitait de semer davantage de grains, d’où un coût supplémentaire de semence à l’hectare.

Le maïs a toujours eu des prédateurs et avec le changement climatique, la durée de présence des papillons a varié ainsi que le nombre de générations. Au tout début en 88, dans le sud-ouest, nous avons vu apparaître des sésamies pendant une semaine environ. Nous avons assisté impuissants à la destruction de nombreux plants par ces chenilles. La première année, nous avions essayé de bombarder la chenille d’insecticide mais nous ne savions pas encore qu’il fallait la neutraliser alors qu’elle n’était pas encore au stade baladeur. Lorsque les chenilles commencent à s’entre-dévorer, elles quittent le pied de ponte vers d’autres pieds et c’est alors qu’elles peuvent être neutralisées.

Avec le réchauffement climatique, nous avons assisté à l’apparition d’une deuxième vague en 2003 et même d’une troisième en 2006. En 1988, le vol des papillons ne durait que six ou sept jours et aujourd’hui c’est deux fois plus, ce qui pose un problème alors que les insecticides ne sont efficaces que pendant cinq ou six jours en fonction des conditions climatiques. Il faudrait appliquer les insecticides pratiquement en permanence pour parvenir à une efficacité de 80 à 90 %. C’est impossible dans les conditions actuelles, problèmes de coût et d’environnement.

J’ai découvert les OGM aux Etats-Unis en 1994 à l’occasion d’un voyage d’études. A mes yeux, la valeur écologique du MON 810 m’est apparue : nous pouvions espérer produire davantage tout en respectant l’environnement. En 1998, le gouvernement de Lionel Jospin a autorisé le MON 810 en France.

Pourquoi un agriculteur tel que moi est-il tenté de produire du MON 810 si ce n’est pour des raisons agronomiques, techniques, économiques, sanitaires et environnementales ? Pour quel objectif ? Pour des raisons de productivité, de compétitivité, de rentabilité, de responsabilité, de propreté, de durabilité et de respectabilité. Nous sommes des professionnels et des chefs d’entreprises et nous savons ce que nous faisons. Nous le faisons de gaieté de cœur. Nous avons une mission : produire pour nourrir. Une exploitation est une petite entreprise : il faut que nous la gérions. Nous devons produire de la qualité : c’est ce qui m’a incité à commencer à produire du maïs MON 810 en 1998. Je n’ai d’ailleurs jamais arrêté depuis, malgré le moratoire – mais je vous dirai pourquoi plus tard. Le MON 810 permet de produire proprement, sans mycotoxines et dans le respect de l’environnement.

Et qu’en est-il de la faune auxiliaire ? Personne n’en parle. Lorsque vous voyez des coccinelles revenir dans des champs de maïs Bt, c’est comme lorsque vous voyez des goujons dans une rivière : l’environnement y est tout ce qu’il y a de plus sain. Cela fait dix ans que je cultive du maïs Bt sur une parcelle – malgré le moratoire. Il s’agissait de trois hectares. Je voulais observer la fertilité de ce sol en monoculture maïs Bt. Je fête le dixième anniversaire cette année – drôle d’anniversaire, mais la bataille n’est pas terminée ! Cela fait dix ans de monoculture de maïs Bt sur une parcelle. J’ai montré les lombrics dans mon champ à des journalistes de la télévision la semaine dernière. Le président de la pseudo-haute autorité prétend qu’ils sont atteints et maigres. Qu’il vienne me rendre visite, accompagné de scientifiques, et qu’il constate l’état de ces parcelles. Il pourra observer la richesse en microorganismes de ce sol. La protéine Bt est très sélective : elle ne vise que les pyrales et les sésamies.

A l’époque du moratoire, l’AGPM a lancé l’expérimentation du maïs Bt pendant trois ans, dans le cadre POECB (programme opérationnel d’évaluation des cultures biologiques), entre 2002 et 2004. Nous avons travaillé avec des experts scientifiques et techniques et des chercheurs d’ARVALIS et de l’INRA, pour les aspects méthodologiques et environnementaux ; expertise de la traçabilité, de la dispersion pollinique, de la fécondation croisée et des insectes. Les objectifs étaient triples :

·         étude de la coexistence des OGM et des non-OGM ;

·         information scientifique permettant de garantir la traçabilité ;

·         analyse des bénéfices dans le respect de la réglementation européenne (seuil de 0,9 %).

Moi qui ai du maïs de différentes sortes sur mon exploitation (maïs Bt et non Bt), je peux vous garantir que la coexistence est possible. Voilà pourquoi je suis favorable à la transparence. Vous pouvez faire coexister côte à côte du maïs Bt et du maïs bio : il suffit simplement de décaler les semis et ainsi la fécondation. La transparence est indispensable. Nous sommes des agriculteurs responsables et observateurs.

En 2005, le POECB a débouché sur le programme d’accompagnement des cultures issues des biotechnologies (PACB). Nous étions 15 agriculteurs, pour 80 hectares, sur les 500 hectares semés. Nous voulions vérifier sur place si la coexistence était possible, si les contraintes étaient supportables. En 2006, 5 180 hectares de maïs Bt ont été cultivés et ce chiffre est monté à plus de 22 000 en 2007.

Pourquoi ces programmes ? Pour permettre à des producteurs de faire des choix en connaissance de cause. Pour une communication tout azimuts. L’on m’a demandé si j’étais en mesure d’ouvrir mon exploitation pour faire connaître au public l’état d’esprit dans lequel nous travaillons et les résultats de ce programme.

J’ai joué le jeu : j’ai accueilli 27 journalistes – autant vous dire que depuis, c’est l’enfer. Il s’agissait d’informer les consommateurs et l’opinion publique. Nous n’avons pas attendu que l’on nous demande de communiquer mais le problème  est que les médias veulent du « croustillant ». Aujourd’hui, mieux vaut être faucheur volontaire délinquant que producteur dans ce pays. C’est du délire! Le « virus » de la peur, l’instrumentalisation, la désinformation… c’est ce que nous vivons au quotidien. Et je ne parle pas des saccages répétés durant l’été.

Au moment où je vous parle, j’ai une pensée pour notre ami Claude Lagorce, un agriculteur qui s’est suicidé en 2007 sous la pression psychologique des anti- tout. Je pense à sa famille, à ses enfants : leur père a été sali. C’était un exemple par la qualité de sa production et par son respect de l’environnement. Je peux comprendre ce qu’il a pu vivre car je l’ai vécu moi-même en 2006.

Tout d’abord, Greenpeace a estampillé mon champ d’une grande croix, puis il y a eu cette photographie de celui qui est venu avec sa bicyclette à hélices, photographie qui a fait le tour du monde. J’étais présenté comme un « méchant ». Mon nom, mon adresse, etc., ont été diffusés. Nous avons été deux agriculteurs à jouer la transparence en 2006 : Pascal Metge à Toulouse et moi-même. 45 faucheurs volontaires ont été condamnés à Orléans et Greenpeace a alors décidé de déclarer la guerre aux OGM. Nous étions deux à jouer la transparence en France et ils nous sont tombés dessus.

Le 2 septembre 2006, 300 fêlés, 300 barbares fanatiques sont venus de toute la France pour saccager 12 hectares de maïs. Nous sommes en 2008 et je ne suis toujours pas indemnisé.

J’ai fait l’objet de pressions psychologiques, de harcèlement, j’ai même reçu des menaces de mort. Je ne compte plus les lettres anonymes et courriers agressifs. Cinq procès en un an et demi, c’est scandaleux ! Pensez-vous qu’il soit républicain que dans un pays de droit comme la France, une poignée d’individus s’arroge le droit de bafouer la loi et de détruire le bien d’autrui ? Trouvez-vous républicain qu’une bande de « zozos » utilise des méthodes barbares pour imposer leur idéologie ? Trouvez-vous républicain que ces mêmes fêlés, ces mêmes voyous fanatiques, continuent à braver la justice et à pavoiser devant les caméras ? Ils font ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, et où ils veulent dans les champs, et bénéficient d’une certaine complaisance et d’une certaine indifférence. C’est purement scandaleux ! Ce n’est pas digne d’un grand pays européen qui se dit démocrate.

Pour moi, le fait d’avoir opté pour la culture de maïs Bt est un acte écologique fort. Les médias ne parlent absolument pas du problème des mycotoxines. C’est un cirque, une pantalonnade. Nous constatons un réel problème de communication. Le plus grand risque est de ne pas prendre de risque. Je dis souvent à mon fils de 26 ans : mieux vaut être en avance d’une idée qu’en retard d’une crainte.

J’aimerais dire un mot de l’actualité, si vous le permettez. Je me sens trahi et injurié lorsque je vois que ceux qui ont pratiqué des exactions, des actes délictueux, sont légitimés. C’est révoltant et j’espère que la raison va l’emporter.

L’on nous dit que nous ne communiquons pas suffisamment et que nous sommes mauvais dans cet exercice. Le fait est que les journalistes ne jouent pas le jeu avec nous. Ils veulent vendre du papier ou de l’image. Combien de fois me suis-je fait berner ? J’ai perdu des heures entières pour faire passer du vécu et du factuel pour un résultat mitigé: les médias veulent du croustillant, du sensationnel ;on baigne dans l’imposture.

Je m’adresse au Président de la République. Il a été soutenu par une grande partie du monde agricole aux élections. Je lui écris :

« Vous incarnez la jeunesse, la fougue, la rupture, le progrès, l’innovation, l’énergie et l’ambition qui seront nécessaires pour relever demain les défis alimentaires et environnementaux de la plante. Les biotechnologies sont incontournables.

J’attire votre attention sur le risque de perdre le soutien des acteurs de la puissance économique que représente l’agriculture. Ne vous laissez pas embrumer le cerveau ou les neurones par des rêveurs, des fondamentalistes, des marchands de peur, qui sont là pour créer le doute, semer la suspicion, et qui ont l’art de la désinformation et de l’instrumentalisation. La France, grande nation agricole, ne mérite pas d’être la risée de la planète. Je serais honoré d’un entretien avec vous pour que vous me permettiez de réitérer avec vous les propos que je viens d’évoquer devant cette assemblée. »