Biotechnologies & agriculture durable
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Association Française pour l’information scientifique
14 rue de l’école
polytechnique, 75005 Paris
Courrier électronique : agribiotech[at]free.fr
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Claude Menara est agriculteur à
Bouglon, à proximité de Marmande (Lot et Garonne). Travaillant sur son
exploitation familiale avec son fils et un salarié agricole, il est un des
pionniers de la culture du maïs Bt en France.
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Je
suis un descendant d’émigrants italiens. Ma famille est expatriée sur plusieurs
continents, ce qui me conduit à voyager beaucoup. Mon père était agriculteur et
mon fils a suivi une formation en agronomie et est agriculteur comme moi.
Mon
exploitation fait 420 hectares. Mon fils et moi y produisons du maïs doux sur
J’aimerais
faire un rappel historique. Mon père me parlait déjà des hybrides américains
après la guerre (en 1949), et à l’époque cela avait provoqué un tollé. Les
agriculteurs critiquaient la couleur du grain du maïs iowa 4417 (jaune au lieu
de la couleur ocre habituelle), sa forme dentée. Ils craignaient qu’en
nourrissant les poules avec ce maïs, leurs jabots ne soient irrités. Ils ne
pensaient pas non plus nourrir les canards avec et ils craignaient que les
vaches ne s’étouffent avec. L’INRA 258 et l’INRA 260 ont été inventés à cette
époque par le professeur ALABOUVETTE.
Un
problème de densité se présentait : le maïs français nécessitait d’avoir
Le
maïs a toujours eu des prédateurs et avec le changement climatique, la durée de
présence des papillons a varié ainsi que le nombre de générations. Au tout
début en 88, dans le sud-ouest, nous avons vu apparaître des sésamies pendant
une semaine environ. Nous avons assisté impuissants à la destruction de
nombreux plants par ces chenilles. La première année, nous avions essayé de
bombarder la chenille d’insecticide mais nous ne savions pas encore qu’il
fallait la neutraliser alors qu’elle n’était pas encore au stade baladeur.
Lorsque les chenilles commencent à s’entre-dévorer, elles quittent le pied de
ponte vers d’autres pieds et c’est alors qu’elles peuvent être neutralisées.
Avec
le réchauffement climatique, nous avons assisté à l’apparition d’une deuxième
vague en 2003 et même d’une troisième en 2006. En 1988, le vol des papillons ne
durait que six ou sept jours et aujourd’hui c’est deux fois plus, ce qui pose
un problème alors que les insecticides ne sont efficaces que pendant cinq ou
six jours en fonction des conditions climatiques. Il faudrait appliquer les
insecticides pratiquement en permanence pour parvenir à une efficacité de 80 à
90 %. C’est impossible dans les conditions actuelles, problèmes de coût et
d’environnement.
J’ai
découvert les OGM aux Etats-Unis en 1994 à l’occasion d’un voyage d’études. A
mes yeux, la valeur écologique du MON 810 m’est apparue : nous pouvions
espérer produire davantage tout en respectant l’environnement. En 1998, le
gouvernement de Lionel Jospin a autorisé le MON 810 en France.
Pourquoi
un agriculteur tel que moi est-il tenté de produire du MON 810 si ce n’est pour
des raisons agronomiques, techniques, économiques, sanitaires et
environnementales ? Pour quel objectif ? Pour des raisons de
productivité, de compétitivité, de rentabilité, de responsabilité, de propreté,
de durabilité et de respectabilité. Nous sommes des professionnels et des chefs
d’entreprises et nous savons ce que nous faisons. Nous le faisons de gaieté de
cœur. Nous avons une mission : produire pour nourrir. Une exploitation est
une petite entreprise : il faut que nous la gérions. Nous devons produire
de la qualité : c’est ce qui m’a incité à commencer à produire du maïs MON
810 en 1998. Je n’ai d’ailleurs jamais arrêté depuis, malgré le moratoire –
mais je vous dirai pourquoi plus tard. Le MON 810 permet de produire
proprement, sans mycotoxines et dans le respect de l’environnement.
Et
qu’en est-il de la faune auxiliaire ? Personne n’en parle. Lorsque vous
voyez des coccinelles revenir dans des champs de maïs Bt, c’est comme lorsque
vous voyez des goujons dans une rivière : l’environnement y est tout ce
qu’il y a de plus sain. Cela fait dix ans que je cultive du maïs Bt sur une
parcelle – malgré le moratoire. Il s’agissait de trois hectares. Je voulais
observer la fertilité de ce sol en monoculture maïs Bt. Je fête le dixième
anniversaire cette année – drôle d’anniversaire, mais la bataille n’est pas
terminée ! Cela fait dix ans de monoculture de maïs Bt sur une parcelle.
J’ai montré les lombrics dans mon champ à des journalistes de la télévision la
semaine dernière. Le président de la pseudo-haute autorité prétend qu’ils sont
atteints et maigres. Qu’il vienne me rendre visite, accompagné de
scientifiques, et qu’il constate l’état de ces parcelles. Il pourra observer la
richesse en microorganismes de ce sol. La protéine Bt est très sélective :
elle ne vise que les pyrales et les sésamies.
A
l’époque du moratoire, l’AGPM a lancé l’expérimentation du maïs Bt pendant
trois ans, dans le cadre POECB (programme opérationnel d’évaluation des
cultures biologiques), entre 2002 et 2004. Nous avons travaillé avec des
experts scientifiques et techniques et des chercheurs d’ARVALIS et de l’INRA, pour
les aspects méthodologiques et environnementaux ; expertise de la
traçabilité, de la dispersion pollinique, de la fécondation croisée et des
insectes. Les objectifs étaient triples :
·
étude
de la coexistence des OGM et des non-OGM ;
·
information
scientifique permettant de garantir la traçabilité ;
·
analyse
des bénéfices dans le respect de la réglementation européenne (seuil de
0,9 %).
Moi
qui ai du maïs de différentes sortes sur mon exploitation (maïs Bt et non Bt),
je peux vous garantir que la coexistence est possible. Voilà pourquoi je suis
favorable à la transparence. Vous pouvez faire coexister côte à côte du maïs Bt
et du maïs bio : il suffit simplement de décaler les semis et ainsi la
fécondation. La transparence est indispensable. Nous sommes des agriculteurs
responsables et observateurs.
En
2005, le POECB a débouché sur le programme d’accompagnement des cultures issues
des biotechnologies (PACB). Nous étions 15 agriculteurs, pour
Pourquoi
ces programmes ? Pour permettre à des producteurs de faire des choix en
connaissance de cause. Pour une communication tout azimuts. L’on m’a demandé si
j’étais en mesure d’ouvrir mon exploitation pour faire connaître au public l’état
d’esprit dans lequel nous travaillons et les résultats de ce programme.
J’ai
joué le jeu : j’ai accueilli 27 journalistes – autant vous dire que
depuis, c’est l’enfer. Il s’agissait d’informer les consommateurs et l’opinion
publique. Nous n’avons pas attendu que l’on nous demande de communiquer mais le
problème est que les médias veulent du
« croustillant ». Aujourd’hui, mieux vaut être faucheur volontaire
délinquant que producteur dans ce pays. C’est du délire! Le « virus »
de la peur, l’instrumentalisation, la désinformation… c’est ce que nous vivons
au quotidien. Et je ne parle pas des saccages répétés durant l’été.
Au
moment où je vous parle, j’ai une pensée pour notre ami Claude Lagorce, un
agriculteur qui s’est suicidé en 2007 sous la pression psychologique des anti-
tout. Je pense à sa famille, à ses enfants : leur père a été sali. C’était
un exemple par la qualité de sa production et par son respect de
l’environnement. Je peux comprendre ce qu’il a pu vivre car je l’ai vécu
moi-même en 2006.
Tout
d’abord, Greenpeace a estampillé mon champ d’une grande croix, puis il y a eu
cette photographie de celui qui est venu avec sa bicyclette à hélices,
photographie qui a fait le tour du monde. J’étais présenté comme un
« méchant ». Mon nom, mon adresse, etc., ont été diffusés. Nous avons
été deux agriculteurs à jouer la transparence en 2006 : Pascal Metge à
Toulouse et moi-même. 45 faucheurs volontaires ont été condamnés à Orléans et
Greenpeace a alors décidé de déclarer la guerre aux OGM. Nous étions deux à
jouer la transparence en France et ils nous sont tombés dessus.
Le
2 septembre 2006, 300 fêlés, 300 barbares fanatiques sont venus de toute la
France pour saccager 12 hectares de maïs. Nous sommes en 2008 et je ne suis
toujours pas indemnisé.
J’ai
fait l’objet de pressions psychologiques, de harcèlement, j’ai même reçu des
menaces de mort. Je ne compte plus les lettres anonymes et courriers agressifs.
Cinq procès en un an et demi, c’est scandaleux ! Pensez-vous qu’il soit
républicain que dans un pays de droit comme la France, une poignée d’individus
s’arroge le droit de bafouer la loi et de détruire le bien d’autrui ?
Trouvez-vous républicain qu’une bande de « zozos » utilise des
méthodes barbares pour imposer leur idéologie ? Trouvez-vous républicain
que ces mêmes fêlés, ces mêmes voyous fanatiques, continuent à braver la
justice et à pavoiser devant les caméras ? Ils font ce qu’ils veulent,
quand ils le veulent, et où ils veulent dans les champs, et bénéficient d’une
certaine complaisance et d’une certaine indifférence. C’est purement
scandaleux ! Ce n’est pas digne d’un grand pays européen qui se dit démocrate.
Pour
moi, le fait d’avoir opté pour la culture de maïs Bt est un acte écologique
fort. Les médias ne parlent absolument pas du problème des mycotoxines. C’est
un cirque, une pantalonnade. Nous constatons un réel problème de communication.
Le plus grand risque est de ne pas prendre de risque. Je dis souvent à mon fils
de 26 ans : mieux vaut être en avance d’une idée qu’en retard d’une
crainte.
J’aimerais
dire un mot de l’actualité, si vous le permettez. Je me sens trahi et injurié
lorsque je vois que ceux qui ont pratiqué des exactions, des actes délictueux,
sont légitimés. C’est révoltant et j’espère que la raison va l’emporter.
L’on
nous dit que nous ne communiquons pas suffisamment et que nous sommes mauvais
dans cet exercice. Le fait est que les journalistes ne jouent pas le jeu avec
nous. Ils veulent vendre du papier ou de l’image. Combien de fois me suis-je
fait berner ? J’ai perdu des heures entières pour faire passer du vécu et
du factuel pour un résultat mitigé: les médias veulent du croustillant, du
sensationnel ;on baigne dans l’imposture.
Je
m’adresse au Président de la République. Il a été soutenu par une grande partie
du monde agricole aux élections. Je lui écris :
« Vous incarnez la jeunesse, la fougue, la
rupture, le progrès, l’innovation, l’énergie et l’ambition qui seront
nécessaires pour relever demain les défis alimentaires et environnementaux de
la plante. Les biotechnologies sont incontournables.
J’attire votre attention sur le
risque de perdre le soutien des acteurs de la puissance économique que
représente l’agriculture. Ne vous laissez pas embrumer le cerveau ou les
neurones par des rêveurs, des fondamentalistes, des marchands de peur, qui sont
là pour créer le doute, semer la suspicion, et qui ont l’art de la
désinformation et de l’instrumentalisation. La France, grande nation agricole,
ne mérite pas d’être la risée de la planète. Je serais honoré d’un entretien
avec vous pour que vous me permettiez de réitérer avec vous les propos que je
viens d’évoquer devant cette assemblée. »